LA CONTROVERSE DU MAÏMONIDE « ISLAMIQUE »

Voici ma réaction à la pétition envoyée à l’UNESCO pour avoir cité Maïmonide comme « un savant musulman » dans le rapport de l’UNESCO sur la science (lire le lien ci-dessous pour comprendre ce qui suit)

http://www.europe-israel.org/2010/12/08/petition-a-madame-irina-bokova-directrice-generale-de-lunesco/

Et voilà ma réponse :

Cette histoire de mosquée me dépasse donc je ne rentrerai pas dans le débat politico-religieux de la question soulevée par cette pétition. On sait ce que cela vaut quand religion et politique se mélangent.
Pour la majorité, l’UNESCO est une Organisation à vocation universelle dont l’objectif est de promouvoir la diversité culturelle, le dialogue interculturel et une culture de la paix. C’est tout ce que je retiens de celle-ci. Je suis aussi à bout d’argument devant tant de sectarisme à propos de Maïmonide ; les grandes figures de l’Histoire appartiennent à l’humanité et non pas aux juifs ou aux musulmans ni aux chrétiens, ni aux athées ! La Religion a bon dos, et multiples facettes, d’une certaine manière, l’Homme la façonne et la transforme à sa guise. Surtout quand la politique s’en mêle. En conséquence, l’homme devient au service de la Religion alors que c’est à la Religion d’être au service de l’homme.

J’aimerais ici apporter ma vision des choses avec Maïmonide.

Maïmonide (alias en hébreux : הרב משה בן מימון HaRav Moshé ben Maïmon et en arabe : عبد الله القرطبي اليهودي Abou Omrane Moussa ibn Maimoun ibn Abdallah al-Kourtoubi al-Yahoudi « Moïse fils de Maïmoun fils d’Abdallah le cordouan Juif»)apparaît comme un penseur fortement influencé par la culture arabo-musulmane. Beaucoup contestent que Maïmonide puisse se prévaloir d’une quelconque appartenance à la civilisation arabo-musulmane.

Permettez-moi de rappeler à la raison quand il est avéré que Maïmonide fut disciple du maître d’ibn Bajja (musulman andalou). Ce grand penseur avait donc comme maîtres de nombreux musulmans tels qu’ Al Farabi surnommé « le second maître après Aristote » ou Avicenne dont il fut très influencé, ou encore Ibn Bajja (Avempace), Ibn Tuyfal ou enfin son contemporain Ibn Rushd (Averroès).

Le code maïmonidien, « le Mishneh Torah » est le seul ouvrage écrit en langue hébraïque,toutes ses autres contribution sont essentiellement en langue arabe. Cette œuvre majeure, Mishnet Torah a sans nul doute de fortes analogies avec le l’Ihya ‘Ulûm al Dîn (revivification des sciences religieuses) d’Al Ghazali (m.1111). Ces deux œuvres ont en commun les disciplines juridico-religieuses et sont destinées à revitaliser les sciences religieuses (le premier pour le judaïsme, le second pour l’islam). D’ailleurs ceux de ses coreligionnaires et inquisiteurs juifs qui l’avaient disgracié (à cause de sa philosophie) sont ceux-là même qui vouaient une admiration au « Tahafut al falasifa » (l’incohérence des philosophes) dont l’auteur est encore ce même Al-Ghazali. Ce dernier, penseur musulman dans l’âme, mit tous les moyens d’une excellente maîtrise philosophique aristotélicienne pour réfuter la philosophie et mettre fin à cette discipline dans le monde musulman.

Que vous le vouliez ou non Maïmonide fait partie des grands noms de l’Âge d’Or musulman, comme il l’est pour l’Âge d’Or juif en influençant l’humanité. Comme l’a été l’étude de l’Averroisme (avec l’étude de la pensée d’Averroès allias Ibn Rushd) pour les Juifs (par l’entremise de Maïmonide), pour les Chrétiens (avec Saint Thomas d’Aquin) mais aussi pour les philosophes modernes.

Dans le Guide des égarés , qui fut écrit comme toutes ses œuvres en langue arabe, (excepté le « Mishneh Torah ») on peut voir une similitude avec le « Régime du Solitaire » d’Al Farabi dans lequel il développe une thèse d’allure néoplatonicienne consistant dans la réduction du moi à l’être divin, le but de l’existence humaine étant l’union avec Dieu au moyen d’une ascension plus intellectuelle que mystique ou religieuse (Al-Farabi est mort à Damas en 950). Ceux qui connaissent la philosophie islamique, reconnaîtront aisément chez Maïmonide la « parabole du Roi » d’Avicenne mais aussi le conte philosophique de Hayy Ibnou Yaqzan (Vivens filius Vigilantis : du Vivant fils de l’Eveillé ou du Vigilant) dont voici un extrait de son auteur :

« Alors je demandais au Sage de me guider sur le chemin du voyage, de me montrer comment entreprendre un voyage tel qu’il en faisait lui-même. Je le fis sur le ton dont pouvait l’en requérir un homme qui en brûlait d’envie, en avait le plus ardent désir. Il me répondit: Toi et tous ceux dont la condition est semblable à la tienne, vous ne pouvez entreprendre le voyage que je fais moi-même. Il vous est interdit; à vous tous la voie en est fermée, à moins que ton heureux destin ne t’aide, toi, en te séparant de ces compagnons. Mais maintenant, l’heure de cette séparation n’est pas encore venue: un terme lui est fixé, que tu ne peux anticiper. Il faut donc te contenter pour le moment d’un voyage coupé de haltes et d’inaction; tantôt tu es en route, tantôt tu fréquentes ces compagnons. Chaque fois que tu t’esseules pour poursuivre ta marche avec une parfaite ardeur, moi je fais route avec toi, et tu es séparé d’eux. Chaque fois que tu soupires après eux, tu accomplis un revirement vers eux, et tu es alors séparé de moi; ainsi en sera-t-il jusqu’à ce que vienne le moment où tu rompras totalement avec eux. »

Ce conte philosophique qui a rendu célèbre Ibn Tufayl matérialise les exigences que sont la vie en société (Al-Farabi) et l’isolement propice à la vie spéculative (Ibn Bajja)… On retrouve cette idée philosophique dans le dernier mot des « Ennéades » de Plotin : « Telle est la vie des dieux et des hommes divins et bienheureux : s’affranchir des hommes d’ici-bas, s’y déplaire, fuir seul vers le seul ».

Je tiens à signaler ici qu’il n’est absolument pas question ici de dire que Maïmonide est musulman mais de rendre à César ce qui appartient à César : le patrimoine musulman reconnaît Maïmonide comme parfaitement « musulman » c’est à dire conforme au dogme Islamique.

D’autre part, on s’accorde bien à accepter l’idée que la philosophie islamique est grecque hellénisante alors pourquoi ne pas reconnaître, de bonne grâce, que la philosophie de Maïmonide est « islamique » ?

Enfin, je n’évoque pas les débats sans fin des biographes de Maïmonide sur les divergences à propos de sa conversion ou non à l’islam. Je vous laisse lire l’article du Washington Post intitulé « the great Islamic Rabbi ». J’espère, par ce retour sommaire à l’histoire de la philosophie islamique, dépassionner le débat qui fait tort au patrimoine universel,au dialogue des cultures et à la culture de la paix car nous faisons tous partie d’un tout :

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/12/30/AR2008123002789.html
En français pour les non anglophones :
http://translate.google.fr/translate?hl=fr&langpair=en|fr&u=

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/12/30/AR2008123002789.html